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Larcin table 16 : ça s’est passé dans notre restaurant

11h. À l’arrière du restaurant,  sur la terrasse. L’automne cogne aux carreaux et même côté Sud, la fraîcheur frôle allées et visages. La table 16 est toujours prisée au printemps et à l’été. Un peu à l’écart, elle permet aux enfants de rire et jouer. Elle sert aussi de refuge pour les cachotteries adolescentes des demoiselles. En apparence, impossible de la distinguer de ses voisines. Un numéro, on n’y fait pas toujours attention. Mais en coulisses, vous écrivez, pour elle, un destin à part. 

restaurant - table 16 - isalys rédige

Quand le restaurant s’éveille au rythme d’Eugène

Il est 11h. Eugène surgit sur devant la porte. À peine a-t-il le temps de jeter un regard vers nous. Le vieil homme n’aime pas perdre son temps. Il se glisse sur la terrasse aussi discrètement qu’un murmure, en laissant flotter derrière lui un « bonjour » discret. 

Nous ne servons pas encore mais Eugène le sait bien. Il savoure les lieux qui n’appartiennent qu’à lui, hors de vacarme de l’heure de pointe, de la haute saison. Il observe les feuilles qui volent à travers la cour et griffonne quelques mots sur un journal. Les fourneaux s’agitent mais Eugène semble ne pas les entendre. Le vieil homme rêve. 

Le secret table 16

Il plonge ses yeux dans le vide un long moment. Puis, il lève la main. À première vue, on pourrait y lire du dédain, mais il n’en est rien. Eugène vient ici de temps à autre, tempérer les ardeurs de ses vieux jours. Il vient oublier, table 16, le temps qui passe. Il lève la main : c’est l’heure du rituel. 

Une bière à la bouteille, un café, un dessert du jour, une viande seule surtout, histoire de ne rien gâcher : Eugène veut tout en même temps et plus encore dans le désordre. Un joyeux n’importe comment qui l’amuse grandement. Eugène sort de table avant d’avoir fini puis il revient s’asseoir. Le vieil homme redevient un enfant. 

restaurant - certains usages n'ont pas d'âge - isalys rédige

Il s’en passe de belles dans notre restaurant

Table 16 : Eugène provoque un duel avec le temps. Il chaparde une seconde jeunesse à l’abri des regards. Et lorsqu’il est rassasié, il se lève rajeuni, jette quelques pièces comme un prince : « j’préfère mieux t’les donner à toi qu’à la fontaine. J’préfère faire un peu de ton beurre que pitié aux passants ». Et il s’en va jusqu’à la prochaine fois.

Nous dressons chaque jour la table numéro 16. Mais vous, vous avez le merveilleux pouvoir de lui offrir des milliers d’histoires. Ce soir, vous écrivez l’une d’elles. Merci pour votre charmante compagnie. 

©Isalys Roux, rédactrice Web

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