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La citation, terrain glissant en communication

Avez-vous déjà vécu cette frustration ? Vous venez de découvrir une magnifique citation. Elle collerait parfaitement à votre thématique, enflammerait votre audience et plus encore. 

Halte là ! Vous apprenez en effet avec horreur que son auteur n’est pas en odeur de sainteté au sein de la société. Un désarroi vous envahit ! L’opinion publique est en effet claire et impitoyable en la matière. Lorsque vous utilisez une citation, vous prenez le lot complet. Vous devenez ainsi un pan de la stratégie de l’auteur, embrassez ses idées, épousez ses convictions. Allons plus loin, vous enlacez même ses combats. Que de contacts avec un illustre inconnu !

Quand bien même il dort éternellement depuis des lustres, les lecteurs seront catégoriques ! Ils vous apparenteront à lui. Vous avez certes posté cent publications sur la tolérance. Pourtant, il vous suffit de citer une fois la « mauvaise » personne pour que toutes vos démonstrations d’amour fraternel s’évanouissent. C’est moche. Mais est-ce vraiment le cas ? 

À l’origine des citations « non grata » : le complexe de la perfection à la française ! 

Admettons le sans détour, la terre de la liberté d’expression compte quelques obstacles. La citation n’échappe pas à cette triste (?) réalité.

Personnalités sans casseroles exigées ! 

Nous ressentons un besoin profond de perfection. Quelle pression sur les épaules de nos penseurs et humoristes ! Nous leur interdisons le moindre « écart », « raté »ou autre « peut mieux faire »…  

Et si nous prenions un peu de recul… Sommes-nous réellement obligés de condamner systématiquement ces phrases bien écrites ? Les voici donc bannies à perpétuité ? Et si nous prenions un peu de recul ?

Commençons par une question fondamentale : pour quelle raison précise vais-je utiliser cette citation ? Est-ce pour le choix des mots qui correspond exactement au message que je souhaite véhiculer ? Est-ce justement pour la notoriété de l’auteur, en est-elle un symbole ? Vous pouvez légitimement utiliser une citation dans un cas comme dans l’autre. 

La base en COM’ : un dialogue dans lequel chacun doit parler le même langage

Poursuivons en effet par une deuxième question tout aussi essentielle : comment vos lecteurs vont-ils percevoir cette citation ? Pour la beauté des mots ou l’auteur qui l’incarne ? 

Tout dépend ! Votre seule mission : obtenir l’effet souhaité. Comment procéder pour qu’un nom ne vienne pas tout gâcher ? Réponse en image ! 

Certes Juliette l’affirme dans un question-réponse très « jeune femme amoureuse » : qu’est-ce qu’un nom après tout ? Le parfum d’une rose serait aussi doux si cette fleur portait un autre nom. Désolée de contredire cette icône de l’amour maudit. 

Il réside en effet un pouvoir immense dans un « simple » nom. Et ce pouvoir est à double-tranchant en communication.

Clairement, si vous avez de l’auteur une première vision négative, si elle risque de masquer l’intérêt de la citation parce que tout le monde va se concentrer d’abord sur la personne : ABANDONNEZ ! Certaines causes sont définitivement perdues ! Mais si vous n’avez pas tous les compteurs au rouge, il existe alors des solutions. 

Trucs et astuces en matière de citation 

Autant vous le dire, j’ai conçu ces méthodes pour d’autres ! Que les choses soient claires entre nous,  je suis de ces perfectionnistes de la citation. J’assume ce degré d’exigence envers l’auteur. Je suis de ces « old-fashioned » de la langue française. Comment les reconnaît-on ? Par exemple, ils crieraient au scandale si l’on faisait disparaître la règle impeccable du passé-composé. Il règne dans l’imbroglio de son accord un je ne sais quoi de culturel, une relation ambiguë, un vieux copain qu’on pardonnera toujours. 

Mais vous avez parfaitement le droit de penser différemment. Voici donc et enfin, après cette parenthèse personnelle de conjugaison, trois astuces !

1/ citer un tyran :  détachement et auto-dérision

citation - exemple tyran - isalys rédige - isalys rédactrice Web

Nous avons tendance à oublier que chaque personne n’est totalement irréprochable ni absolument blâmable. D’ailleurs, nous avons tendance à oublier que les tyrans eux-mêmes sont généralement dotés d’un implacable sens de la stratégie, d’une culture souvent hors-normes et d’un charisme fou. Le problème se situe encore et toujours au niveau de l’intention. Le savoir n’est pas condamnable en lui-même, il le devient lorsqu’il sert de prétexte à de mauvais objectifs.

Ce savoir au service de la stratégie enfante toujours des arguments forts. Et ce charisme fou génère toujours des phrases percutantes qui embrasent les foules. Bref, une combinaison gagnante pour des citations marquantes.

Comment se sortir de ce dilemme ? En opérant une subtile manœuvre de détournement de l’attention par un trait d’esprit ! Voulez-vous un exemple ? Je suis désolée, entre la mauvaise grippe et mes principes, je suis incapable de citer une personnalité détestable. Trop douloureux, ça m’évoque un accouchement mais sans la merveilleuse rencontre.

À quelles occasions peut-on citer un tyran ? Dans trois cas de figure principaux : pour traiter de stratégie, de communication ou de ténacité. Commencez par exploiter ce que la citation apporte, puis, pour éviter les foudres, détachez-vous pour porter un regard « moqueur » sur l’auteur. À cet effet, utilisez le « dommage … ».

Démonstration : « l’auteur était trop narcissique, assoiffé de pouvoir et manipulateur pour faire un usage digne de cette belle pensée. Dommage ». Évidemment, adaptez le style à votre audience et surfez ce qui est assez apprécié pour nuancer l’importance de l’auteur. Ainsi : « il aurait pu être mieux valu que l’auteur vive avec des remords plutôt qu’avec des regrets. Comme quoi, même Bigflo et Oli peuvent se tromper. »

Privilégiez un auteur décédé, non pas qu’il mérite moins de respect, il est simplement moins à même de vous infliger un procès. Votre tour de force : faire oublier l’auteur qui risquait de faire oublier la citation. Félicitations ! Vous avez pris le contrôle de la situation ! Vous frappez le tyran là où ça fait mal, à l’ego.

2/ citer un humoriste décrié : jouer la reconversion professionnelle

De quoi s’agit-il ?  Les humoristes mal aimés sont très différents des tyrans. Ah bon ? Merci pour le scoop ! Niveau citation : ils font beaucoup moins l’unanimité dans la haine que les tyrans. Leur comité de soutien existe bel et bien parce que nous sommes de plus en plus exigeants face à un humour toujours plus large et évolutif. C’est le seul domaine dans lequel le dérapage vous cause autant d’ennuis et provoque autant d’émotions !

L’humoriste décrié cristallise tout à coup une haine particulièrement violente auprès de ses détracteurs. Parallèlement, l’admiration de ses défenseurs décuple. Vous vous adressez donc à une double audience sur la corde sensible. À double tranchant je vous avais prévenus.

Mais les humoristes vous facilitent cette périlleuse mission ! Car ils abordent tous les sujets, ils endossent tous les rôles. Vous pouvez les imaginer dans n’importe quel métier. C’est précisément ce que vous devez faire ! Comme si vous preniez la liberté d’attribuer la citation au même nom mais à une autre profession. Si vous l’avez choisie d’ailleurs, elle est vraisemblablement en relation avec votre propre spécialité.

Démonstration ! « Vous l’aurez constaté, je cite [auteur]. Pas si facile d’aimer ou de détester quelqu’un qui est allé trop loin. Une chose est sûre,  Il aurait eu moins de problèmes s’il avait embrassé la carrière de [métier en relation avec la citation]. Qu’en dites-vous ? » Félicitations, vous allez agiter tous les camps et même les embarquer sur un terrain d’entente : celui de l’imaginaire !

3/ citer un « plus que séducteur » : diversion par la délation de l’autre

Les temps sont durs pour les personnalités trop… tactiles ! Leur déchéance (ENFIN !) marque une nouvelle ère.

Seulement voilà, imaginez : ces superstars, ces producteurs, réalisateurs occupent non seulement la grande scène depuis une éternité. Mais ils se sont de plus enrichis au fil des expériences, au contact d’autres personnes voire d’autres cultures. Autant dire qu’ils nous ont livré en héritage une quantité impressionnante de citations inspirantes ! Plus qu’une tuile, le toit complet ! Quelle frustration en effet de constater qu’il existe un grand écart magistral entre leurs propos et leur comportement.

Comment se sortir de cette délicate situation ? Opérer une diversion par la délation d’un odieux personnage qui a réussi à garder ses petits secrets.

Des noms ? Je vais vous citer par exemple une personne dont j’admire le travail : Alfred Hitchock. J’ai vécu deux désillusions à son sujet. Tout d’abord, j’ai découvert à l’âge de 13 ans qu’il était mort…avant ma naissance. Deuxièmement… Bon. Autant vous le dire, même avec une nuée de corbeaux enragés et entraînés, il n’échapperait pas au couperet du #metoo.

Il était fasciné par ces beautés blondes. Fasciné, pas seulement. Obsédé. Et plusieurs actrices en ont souffert, dont Tippi Hedren, dont il ruine la carrière, puisque la dame refuse de céder à la pression. Le saviez-vous ? Le secret n’a été révélé que plusieurs années après sa mort. Vraisemblablement, vos lecteurs ne le savent pas non plus. D’où l’intérêt, si vous citez une personne litigieuse de rebondir en rappelant que le grand Hitchock ne faisait pas mieux. Et ses citations sont pourtant régulièrement utilisées.

Enseignements :

Vous l’aurez compris, l’humour est votre meilleur allié. À condition de rester dans le bon goût. Acceptez vos limites. N’utilisez pas la citation d’une personne qui entre dans votre catégorie de l’inacceptable. Vous n’en ferez de toute manière guère un bon usage.

Si vous avez joué la bonne carte sur le bon ton, vous aurez pris un risque totalement gagnant ! Chapeau bas ! 

©utiliser la citation d’un auteur impopulaire par Isalys Roux

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